Le développement en question

La société ladakhie ne cesse de s’interroger sur son devenir et sur les progrès rapides, à la fois plébiscités et redoutés qui l’animent.

Force est de constater que le progrès devance la capacité des leaders à organiser sa progression, à le gérer. En l’espace d’une génération, ceux qui, petits, couraient les champs sans chaussures au rythme des saisons, enfants furent les premiers à suivre un enseignement scolaire, jeunes adultes, les premiers diplômés de la région, sont aujourd’hui ceux qui doivent manager le progrès ! Quelle tâche immense !

Heureusement, ils s’interrogent, se rassemblent et cherchent des solutions aux problèmes causés par des décisions souvent hâtives : la remise en état des routes par exemple, commencent dès le retour du printemps, dès que les risques liés au gel ou à la fonte des neiges sont écartés. Mais on n’anticipe pas que, quelques mois plus tard, ce sera le trafic touristique qui sera impacté par les travaux, principale source d’activité et de revenus au Ladakh…

Le déploiement d’Internet et la téléphonie mobile, sur des réseaux en huis clos au cœur des montagnes himalayennes, fut d’abord au bénéfice de l’armée avant de s’élargir à la population civile. Une aubaine pour ceux qui n’avaient jamais réussi à faire résister une installation de téléphone fixe aux rudesses de l’hiver ! Enfin ils allaient pouvoir avoir des nouvelles de leurs enfants, de leurs parents, séparés qu’ils sont par de longs mois d’absence pour accéder à l’Éducation ! Le Graal pour une population pour qui la lutte contre l’ignorance est un pilier de sa culture bouddhiste.

Mais ce téléphone mobile, cet internet sont aussi devenus des nécessités économiques pour échanger avec les futurs touristes. Or, les pannes sont fréquentes, le réseau instable, ce qui engendre de véritables préjudices pour les entrepreneurs locaux.

Le trafic, encore lui, s’accroît et aucune politique visionnaire n’est réellement en marche. Comme dans les pays développés, il faut gérer le stationnement, l’afflux de véhicules, et encore plus pendant la saison touristique avec les taxis venus de Manali, de Kargil et même de Srinagar… Ainsi, d’année en année, les sens de circulation changent, de nouvelles voies sont construites (à Leh et sa banlieue), des parkings créés. Comme en Occident, on se demande où faire passer ce flux de véhicules mais contrairement à la France, les boutiques n’en veulent pas devant leur porte pour ne pas faire fuir les clients, traditionnellement piétons ! Alors on s’interroge sur les lieux de stationnement et leur durée. On parle de navettes gratuites, de parkings gratuits ou payants…

Force est donc de constater l’apparente désorganisation engendrée par ces progrès trop rapides. Pourtant, les Ladakhis savent prendre de bonnes décisions : ils ont très vite (après quelques années de nuisance à peine), rendu le bazar aux piétons, abandonné les sacs plastiques, fait payer des taxes pour soutenir la protection de la faune et de la flore etc. Les exemples ne manquent pas, des bonnes gestions, comme des moins bonnes. Le fait est qu’ils s’interrogent, se réunissent et sont, face à leur désarroi, extrêmement concernés et responsables.