Le Ladakh face à son premier cas officiel de pédophilie

Le 16 juin dernier, les enseignants de l’école Lamdon de Shey ont été interpellés par les difficultés à se mouvoir d’un petit garçon de 6 ans. Aussitôt, ils se sont réunis pour partager leurs doutes. Ils ont convoqué l’enfant et se sont rapidement rendus compte des traces physiques de violences, notamment sexuelles, qui stigmatisaient son corps. Très vite, le coupable a ėté identifié puis interpellé : le surveillant d’internat en charge de l’enfant.

Le Ladakh s’est alors retrouvé sous le choc : comment ce mal de l’Occident avait-il pu les atteindre eux, peuple bouddhiste des montagnes ? Ils ont cherché à comprendre, ont découvert qu’il y avait eu des violences dénoncées mais pas prises au sérieux… Il semblerait que les autorités ladakhies, politiques ou religieuses aient du mal à accepter que leur peuple puisse être défaillant sur ces questions de mœurs. Car si ce cas de pédophilie semble être la première affaire officielle, il y a quelques années, le cas d’une jeune fille abusée sexuellement par son père avait été étouffé par la LBA (Ladakh Bouddhist Association). La victime avait d’abord été accusée de mentir et de vouloir semer le trouble dans sa famille et la communauté bouddhiste mais les examens médicaux qu’elle avait dû subir étaient formels. La LBA a donc décidé d’interdire à la jeune fille tout contact avec toute sa famille paternelle, dont sa grand-mère qu’elle adorait et son jeune frère qu’elle aimait tout autant. Double peine pour elle qui a ensuite été envoyée à l’école à Delhi avant de trouver une solution avec un internat à Leh. Tout cela sentait la panique ! Avec le recul, la jeune fille m’a avoué avoir été scandalisée par le traitement de cette affaire qui ajoutait au traumatisme du viol, celui de l’affront public, de la condamnation à la séparation d’avec sa famille et surtout, l’indulgence quasi-totale vis-à-vis de son père.

Cette fois ci, la société ladakhie semble plus mûre et prête à accepter ce cas de déviance sexuelle en organisant des manifestations et des débats publics pour comprendre. Toute la population se sent concernée et soudée face au choc. Y a-il eu d’autres cas avant ? Est-ce le premier pédophile qui ose réellement passer à l’acte, les autres s’étant auto-censurés ? Difficile à dire, difficile à croire… Le Ladakh, comme toutes les sociétés, a ses déviants pathologiques qui cherchent les meilleurs cadres pour assouvir leurs pulsions… Ici, cela s’est passé à l’école publique, les enfants y séjournant la plupart du temps en pension complète. Mais il y a aussi les écoles monastiques où les jeunes moinillons sont sous la tutelle des plus anciens et vivent au monastère dès leur plus jeunes âge, avant de décider ou non de rester dans cette forme d’institution scolaire… Les enfants sont très vite livrés à eux-mêmes et il semble difficile de croire, dans un tel contexte, que ce cas soit réellement le premier…

Lorsque l’affaire a été révélée, les personnes entourant l’accusé se sont rendues compte qu’elles n’avaient pas prêté attention à plusieurs faits a posteriori suspects : le bras cassé d’un enfant sous la responsabilité de ce surveillant, plusieurs enfants qui séjournaient dans sa chambre pour y être mieux surveillés… Ses collègues se sentent coupables de leur aveuglement. Comment auraient- ils pu savoir ? Se douter un seul instant ? Ensemble, la société ladakhie, assistée des conseillers médicaux et scolaires, débattent et cherchent des solutions pour être plus attentifs et vigilants à l’avenir.