Pourquoi avons-nous cessé de marcher ?

Si même au Ladakh, on se pose cette question, c’est que le « développement » ne va pas dans le sens du bien-être.

Dans un article paru dans le Stawa magazine d’octobre 2017, le Dr Spalchen Gonbo, pédiatre à l’hôpital de la Nubra, s’alarme contre cette évolution décadente de la société ladakhie. Il constate parmi la population qu’il ausculte, l’apparition de nouvelles pathologies telles que le diabète, en particulier des jeunes, et l’obésité qui gagne du terrain : « Trois nouveaux cas de diabète en 1 mois ! » constate-t-il. Dans un si petit district, c’est alarmant !

La jeune génération ladakhie semble avoir cessé de marcher…
Alors que leurs aînés marchaient plusieurs kilomètres par jour, pour leurs déplacements quotidiens, pour aller à l’école ou pour les travaux des champs, les jeunes prennent la voiture, le bus scolaire… Ainsi, au lieu de respirer des heures durant l’air pur de la montagne, ils hument, le long des routes ou dans les parkings, l’air pollué par les gaz d’échappement et les poussières. Quelle décadence !

Le Dr Spalchen Gonbo, qui a eu l’occasion de faire un voyage en France, cite l’exemple de nos voies piétonnes et cyclables, de nos limitations de vitesse qui « réduisent la pollution et sécurisent les piétons ». Il invective les autorités ladakhies à réfléchir sur ces questions pour ne pas subir le contre-coup du « progrès »…

Dans un précédent article, nous citions ces débats des autorités au sujet des parkings, de la circulation douce dans la ville de Leh, de l’éventualité de développer les véhicules électriques en zone urbaine etc. Le Ladakh a pour habitude maintenant, de plonger très vite dans le progrès mais d’en faire aussi rapidement l’analyse et de prendre des décisions tout aussi radicales pour stopper ses effets néfastes. Nul doute qu’ils sauront entendre cette sonnette d’alarme et réagir.

Il est intéressant de noter que le Dr Spalchen Gonbo fait référence, à plusieurs reprises dans son article, au nombre de pas quotidiens recommandés pour se maintenir en bonne santé : 10000 pas par jour ! Cela représente 100 minutes de marche soit 1h40 tous les jours ! Il s’agit là des recommandations de l’OMS. En France, sans doute pour ne pas nous décourager, l’INPES (l’Institut National pour la Prévention et l’Education pour la Santé) conseille seulement 30 minutes de marche rapide par jour ! Nous sommes en réalité loin du compte !

L’analyse qui est faite dans les hauteurs himalayennes, comme chez nous en France, des bienfaits de la marche, est édifiante : réduction des risques de maladie cardio-vasculaire, de diabète, d’obésité. Elle permet d’augmenter la densité osseuse et de réduire par conséquent le risque de fractures et d’ostéoporose… Marcher aide les fumeurs à quitter leur addiction a la nicotine. L’activité physique est aussi associée à la réduction des risques de formations de cailloux dans la vésicule biliaire, de démence et de déclin cognitif. On la recommande pour réduire le stress, l’anxiété et les symptômes de la dépression. Toujours selon ce médecin ladakhi, la marche réduirait également les risques de cancer du sein, de l’intestin, de la prostate, du pancréas.

Donc pourquoi se mettre en danger en arrêtant de marcher ? Dr Spalchen Gonbo invite les Ladakhis à se souvenir de leur héritage culturel et à augmenter leur activité physique. Il demande aux autorités d’imposer des limitations de vitesse en ville (il n’y en a nulle part au Ladakh) et de penser à aménager des voies réservées aux marcheurs et circulations douces ( vélo*) . Il fait appel à la responsabilité de chacun pour limiter l’usage personnel de la voiture et respecter les piétons et les cyclistes. Sera-t-il entendu ?

Quel comble ce serait pour ce paradis du trekking que de voir sa propre population cesser de marcher sous l’effet du progrès, induit au long cours par la venue des trekkeurs ! Sans doute avons nous notre part de responsabilité et par conséquent, notre rôle à jouer : si nous cessons d’emprunter les taxis pour les petits trajets, si nous privilégions les déplacements à vélo dans la proche vallée de l’Indus, alors, c’est sûr, nous aurons une influence positive !

 

Infos complémentaires

* En 2005, date à laquelle la première agence ladakhie de voyage à vélo a été créée, il n’y avait aucun vélo à Leh. Depuis, elle a fait des émules et les agences de voyage n’hésitent plus à proposer des circuits dans toutes les régions du Ladakh, accessibles sur pistes. Deux show rooms se sont ouverts à Delhi et il est donc désormais possible d’acheter facilement des vélos en Inde… L’agence Himalayan Bikers, spécialiste du voyage à vélo, achète, vend et loue du matériel de qualité. N’hésitez pas à la contacter pour en savoir plus : +91 9469 049 270 / contact@himalayan-bikers.com