Le Ladakh à l’heure du Coronavirus

On aurait pu penser cet îlot himalayen épargné par la « tempête Corona » ? Il n’en est rien.

 

Étape 1 : La rumeur…

La rumeur grondait depuis début mars : « un groupe de Musulmans est parti en pèlerinage en Iran : le virus va arriver ! »… Déontologiquement parlant, on ne pouvait prêter foi à ces causeries. Il était facile de rétorquer : « ce n’est pas pour quelques personnes en visite à l’étranger que tout va s’effondrer ?! »  Et pourtant, la nouvelle est tombée, officielle : le 8 mars, le village de Shushot a été fermé, 2 cas de coronavirus y avaient été détectés. Les victimes ? Effectivement des Musulmans rentrés de pèlerinage en Iran. Il n’en fallait pas plus pour stigmatiser toute une population surtout lorsque l’on connait les tensions intercommunautaires sous-jacentes au Ladakh, attisées par certains leaders politiques… Mais cette révélation de deux cas positifs a mis en lumière la raison de la rumeur : ce ne sont pas « quelques » pèlerins qui sont rentrés d’Iran mais 2000 personnes, sans test, sans précautions particulières, dans le contexte déjà actif de la crise du COVID-19 ! 2000 personnes suivies de 1200, affrétées par vol direct (ce qui est exceptionnel) et mises cette fois en quarantaine dès leur arrivée à l’aéroport…

Étape 2 : protéger…

Pris au dépourvu, incrédules, les Ladakhis n’en sont pas moins hyper réactifs : dès le lendemain de l’annonce des deux premiers cas, toutes les écoles, collèges, internats ont été fermés, sans sommation ! L’école venait de reprendre depuis une semaine après les longs congés d’hiver. Les parents, venus de loin, avaient laissé leurs enfants à l’internat pour un an. Qu’allaient-ils devenir ? La solidarité s’est organisée sans fard : les uns ont pris chez eux les cousins éloignés, d’autres les camarades de classe. Aucun enfant n’est resté sur la touche, évidemment.

Étape 3 : patient zéro ?

Le choc passé, on a commencé à refaire le film à l’envers : une personne était venue mourir à l’hôpital, quelques jours plus tôt… Et si c’était le cas zéro ? Qui l’avait soigné ? Qui avait été en contact avec lui ?… La psychose gagnait du terrain…

Étape 4 : la résilience

Déjà, les habitants ont commencé à se méfier de tous les produits manufacturés : pains, gâteaux et même légumes tenus en mains et vendus par les commerçants du Cachemire… musulmans ! Habitués à la résilience, surtout en fin d’hiver où les légumes frais sont de plus en plus rares au fil des mois qui passent, peuple de la tsampa (farine d’orge  grillée), du thé et du beurre, les Ladakhis ont eu tôt fait de revenir à leurs habitudes traditionnelles. Peu importe qu’ils mangent de la farine pendant plusieurs mois, le plus important pour eux est de ne pas céder à ce virus !

Mais les cas ont doucement augmenté : 8 à ce jour.

Un huis-clos sur le toit du monde, et pourtant…

Le Ladakh, cet îlot de population perdu au milieu de la chaine himalayenne a été atteint ! Isolé en hiver, routes fermées de part et d’autres, le seul moyen d’accès étant la voie aérienne. Pourquoi n’a-telle pas été contrôlée plus tôt ? C’était si facile !

Les habitants se mettent à appréhender la venue des touristes (venus essentiellement des plaines de l’Inde en cette saison), mais aussi et surtout, des travailleurs qui arrivent massivement dès l’ouverture des routes pour travailler sur les chantiers après la trêve hivernale. Heureusement, l’administration a pris les mesures à la hauteur du risque : tous les « étrangers » sont interdits depuis le 18 mars.

On entend par là, les touristes (étrangers ou venus des plaines de l’Inde), les travailleurs (indiens, népalais…) etc. Depuis aujourd’hui, 20 mars, tous les commerces non essentiels doivent fermer également. Ne restent ouverts que les boutiques d’alimentation et les services administratifs majeurs.

Des mesures sont prises pour limiter les transports, les rencontres, des conseils sanitaires sont donnés, comme partout ailleurs dans le monde.

Les cols ne seront pas ouverts avant la fin du mois de mars… Le Ladakh est en situation de blocus, comme tant d’autres villes de par le monde.

Étape suivante ?…

Qu’en sera-t-il de la saison touristique estivale ? Les agences s’inquiètent à juste titre et toute l’industrie du tourisme avec elle. Les réservations sont à l’arrêt, comme toutes les activités économiques. Seuls les enfants jouent encore et rient, dans le désert, sous le soleil, insouciants…

2 Comments - Write a Comment

  1. Un article qui évoque une région où les habitants ont le cœur sur la main et la bonté naturelle des gens modestes. Pas de contrôles aérien alors qu’ils auraient été si simples à mettre en place… vu de chez nous…
    je rentre tout juste d’Inde par 2 vols internationaux. À aucun moment il n’y a eu de contrôles et à l’aéroport de Lyon Saint Exupery nos policiers douaniers ont eu vite fait de libérer les passagers ! Regardons ce qui se passe chez nous avons d’ecrire ce que les autres auraient dû faire

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    1. « Il aurait été si simple » : bien sûr, il ne s’agit pas d’un jugement mais de dire, dans l’absolu, « il aurait été si simple ». Cela sous-entend au contraire, que tout arrêter est loin d’être simple, même si les Ladakhi savent justement très bien le faire. Car si la géolocalisation du Ladakh au coeur de l’Himalaya, son isolement par toute voie d’accès terrestre, le rendent, à priori, intouchable, il n’en est rien ! Les mesures prises actuellement sont drastiques (cf. la prochaine mise à jour de l’article). Nous pouvons juste espérer que les ladakhi sauront luter, à la mesure de leurs moyens, contre cette pandémie mondiale. Ils ont pour eux bien des qualités que nous n’avons plus.

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