L’altitude et le MAM (Mal Aigu des Montagnes)

Les informations techniques concernant l’altitude ont été reccueillies sur des sites spécialisés tels que :  www.ifremmont.com (Institut de Formation et Recherche en Médecine de Montagne) et les articles de René Jacquemet sur l’adapation du sportif à l’altitude. Nous avons rajouté quelques commentaires pratiques provenant de notre propre expérience du terrain.


La notion d’ « altitude » est subjective. En général, on est considéré « en altitude » au delà de 3000m. Le Ladakh étant situé à une altitude minimale de 3200m, vous serez donc nécessairement « en altitude », ce qui signifie que toutes les informations et recommandations qui suivent doivent être observées avec la plus grande attention.
Lorsque vous arrivez au Ladakh, vous êtes « propulsés » à une altitude de 3500m, la plupart du temps, en 1h de vol. Le danger est donc important. Il faut veiller à respecter des règles simples et nécessaires d’acclimatation pour éviter des problèmes graves.

 

Les règles essentielles à suivre :

 

Il faut respecter un temps minimum d’acclimatation avant tout «effort» physique.

Jour 1 : lorsque vous arrivez à Leh, la plupart du temps en avion, vous vous sentez «cotonneux» : vous venez de faire supporter à votre corps un changement de pression correspondant à un dénivelé de 3500m en 1h !!! cela correspond à 1m d’élévation  toutes les secondes pendant 1h !!!
La première des règles en arrivant là haut est donc : avant de vous lancer dans la visite du Bazar, de vous reposer !!! Donc sitôt dans votre hôtel et après un petit déjeuner d’accueil, allongez vous sur votre lit, au calme, en position semi-assise pour favoriser la circulation du sang et détendez vous ! Laissez votre corps se débattre avec l’altitude : ne lui rajoutez pas d’efforts supplémentaires !

Après 2-3h, vous vous sentirez beaucoup mieux et «d’attaque» ! Vous penserez que le MAM est passé : ne vous méprenez pas !!! Le MAM n’est pas cet état «cotonneux» dans lequel vous vous sentiez à votre arrivée ! Il faut environ une douzaine d’heures pour en ressentir les premiers signes… et la première et plus grande erreur est d’en nier les symptômes : «mais non, ce n’est qu’un petit mal de tête, avec toute la fatigue de ce voyage !!!»… «je me sens un peu nauséeux, j’ai dû manger quelque chose de mauvais…», «Ah ! ce fichu rhume qui ne me lâche pas ! le voici descendu sur les bronches !»…
Et oui ! On ne croit jamais que le MAM peut passer par nous mais si !! Même quand on est montagnard, même quand on vient pour la dixième fois… même un autochtone «descendu» pendant quelques temps peut en souffrir lorsqu’il revient !!!

 

Les symptômes sont donc : (cumulables ou non) :
  • un fort mal de tête qui ne passe pas avec des antalgiques (dans 96% des cas de MAM)
  • des troubles du sommeil, insomnies (dans 70% des cas de MAM)
  • une perte d’appétit (dans 38% des cas de MAM)
  • un état parfois nauséeux (dans 35% des cas)
  • sensations de vertiges, bourdonnements d’oreilles ou troubles visuels
  • une toux qui fait cracher une mousse blanche et pire : du sang

 

Quels que soient les symptômes, il faut les prendre au sérieux.

Et pour les éviter, la première chose à faire le premier jour : RESTER TRANQUILLE !!! Donc au programme l’après-midi : jeux de carte, lecture autour d’une bonne tasse de chaï dans un jardin (thé aux épices sucré au lait) ou une petite marche «shanti shanti» (tout doucement) dans les rues de Leh tout au plus !

 

Jour 2 : si le MAM s’est emparé de vous, vous avez ressenti les premiers signes dans la nuit. Selon leur intensité, n’hésitez pas à réveiller votre hôte qui vous emmènera à l’hôpital de Leh qui a l’équipement nécessaire pour vous mettre sous oxygène et/ou en caisson hyperbare, le temps que ça aille mieux. Pas d’inquiétude : l’hôpital est publique, c’est gratuit !
Si le mal de tête est léger, restez vigilant et reposez vous. Si ça va, restez prudents !!! Le deuxième jour, il vaut mieux prévoir des marches tranquilles à Leh ou, tout au plus, aller voir des monastères en voiture pas très loin (Shey, Tiksey, Spituk, Stok) pendant 2-3h.

 

Jour 3 : ne partez pas !!! Certaines agences vous font partir en trek, prétextant que la première journée est une journée de voiture ! Non, si vous partez un peu patraque, ça ne fera qu’empirer et vous ne pourrez pas revenir !!! Donc à J3, on reste prudent : on visite des monastères, on marche… On peut aussi faire du vélo en descente si ça va bien : le Ktop, paradoxalement, n’est pas déconseillé, même si le départ est à 5600m, car on ne s’y arrête pas et on redescend aussitôt dans un effort physique «limité». Car il s’agit surtout d’être concentré sur sa descente et pas de faire de véritable effort physique. Idem, on peut partir à vélo jusqu’aux monastères de Shey et Tiksey (passer la nuit sur place) : c’est à quelques kilomètres seulement et la route est plate ou en descente. On peut aussi s’aventurer dans la Nubra car l’altitude y est moins élevée qu’à Leh à condition de redescendre immédiatement en fond de vallée après avoir franchit le col…

Mais le mieux, c’est quand même d’attendre le 4ème jour pour s’aventurer loin de Leh et de son hôpital !
Ce cap passé, si vous respectez des nuitées à moins de 500m de dénivelés max l’une de l’autre (idéalement, pas plus de 300m), vous n’aurez plus de problème de MAM…

 

Attention pour ceux qui se rendent sur les hauts plateaux du Changtang, l’altitude de «croisière» est de 4500m !!! On ne peut pas descendre plus bas : c’est un plateau sur lequel on arrive vite en altitude. Il ne faut pas s’y aventurer avant 5-6 jours d’acclimatation (car vous ne pourrez pas vraiment faire autrement que de partir de Leh à 3500m et d’arriver sur place le soir à 4500m) . Vous arriverez là haut « flagada ». Il faut donc respecter les mêmes règles que lorsque vous arrivez à Leh : rester tranquille !

 

Qu’est-ce que l’altitude impose à notre corps ?

 

  • un manque d’oxygène
  • une baisse de pression (un paquet de chips transporté d’une altitude basse à 3500m ressemble à un ballon prêt à exploser en arrivant ! votre corps subit la même chose !!!)

 

Concrètement :

Plus on monte en altitude, plus la pression diminue et le pourcentage d’oxygène dans l’air également : on estime qu’à 5000m, il y a 50% d’oxygène en moins dans l’air (80% à 8000m et 30% à 3000m). Ce manque d’oxygène se répercute partout dans le corps : au niveau des poumons, du sang, des tissus musculaires. Or c’est grâce à l’oxygène que le corps produit son énergie pour se maintenir en vie, bouger, penser… Donc moins il y a d’oxygène, moins on a d’énergie pour agir !

Donc contrairement aux idées reçues, le manque d’oxygène en altitude ne veut pas dire que l’on va être essoufflé en marchant (sauf peut-être au tout début) mais que l’on va ressentir une fatigue plus grande et une résistance à l’effort plus faible : nos gestes seront plus lents (notre rythme de marche ou nos performances à pied ou à vélo seront forcément réduites par rapport à nos performances habituelles : il faut l’accepter et réduire son rythme ! Bref, on change de braquet !!!).

Les capacités physiques sont réduites proportionnellement au manque d’oxygène : à 5000m / 50% d’oxygène en mois / capacités physiques réduites de moitié ! Pour ceux qui ont des notions de VO2max (c’est à dire nos capacités physiques maximales aérobies, donc en ventilation), il faut savoir qu’elle peut diminuer de 30% à 3500m ! Même chez une personne acclimatée. D’ailleurs, les habitants des régions élevées du monde présentent des capacités aérobies maximum inférieures à celles des personnes vivants au niveau de la mer.

L’essoufflement peut exister mais il faut absolument l’éviter : si l’on fait par exemple un effort violent de type anaérobie, on va ressentir une réelle difficulté à reprendre son souffle : IL FAUT L’ÉVITER ABSOLUMENT !!!

 

Physiologiquement parlant :

L’enchainement complexe des transformations métaboliques qui s’effectuent dans le corps pour s’adapter à l’altitude sont encore mal connues mais on connait un certain nombre de réactions, dues au manque d’oxygène et à la baisse de pression atmosphériques, dont voici ici résumés certains effets :

 

Etat général :
On note une augmentation globale du volume d’eau dans le corps. Plus spécifiquement, l’ensemble des liquides circulants dans le corps se déplace «de la périphérie vers le centre», contribuant à la surcharge de la circulation pulmonaire. Ainsi, certains sujets font de la rétention d’eau ce qui provoque œdèmes pulmonaires ou cérébraux.

 

Les problèmes dus au manque d’oxygène :
Le manque d’oxygène dans chaque volume d’air que nous respirons entraine une carence en oxygène dans le sang : c’est ce qu’on appelle l’HYPOXIE.

 

  • Au niveau des poumons, l’hypoxie alvéolaire provoque une hypertension artérielle qui, associée à l’augmentation du débit cardiaque (car pour compenser le manque d’oxygène, la «pompe» tourne plus vite) entraine d’importantes modifications de la circulation sanguine pulmonaire.
    • Le plus à craindre est l’ œdèmes pulmonaire : c’est à dire la présence de liquide dans les alvéoles pulmonaires, là où s’effectuent les échanges gazeux entre l’air et le sang. Si ces poches sont remplies de plasma sanguin, ces échanges sont rendus impossibles et c’est l’asphyxie. Avant d’en arriver là, les symptômes à prendre très au sérieux sont :
    • l’essoufflement, même au repos,
    • puis une toux grasse qui fait cracher un liquide blanc mousseux
    • puis des crachats contenant du sang. A ce stade, il faut impérativement être placé en caisson hyperbare.

 

  • Au niveau cérébral, l’hypoxie entraine de nombreuses perturbations telles que :
    • Troubles du sommeil,
    • de la vigilance,
    • perte d’appétit
    • Le plus grave étant l’œdème cérébral : c’est à dire une accumulation de liquide au niveau du cerveau et des méninges. Les symptômes sont de forts maux de têtes qui ne passent pas avec de l’aspirine ou du paracétamol, une grande fatigue, des problèmes d’équilibre ou de coordination. Certains peuvent aussi vomir de façon spasmodique. Ce dernier stade est très grave. Il faut évidemment réagir avant et, encore une fois, ne pas s’éloigner de Leh tant que ces symptômes subsistent, même si l’on est en groupe !!!

 

Les problèmes dus à la pression :
La pression artérielle qui augmente fortement à l’effort peut entrainer une dilatation des vaisseaux de la rétine et entrainer des hémorragies.

 

Les problèmes dus à l’augmentation de globules rouges :
Après quelques jours en altitude, pour contrer le manque d’oxygène, le corps va produire plus de globules rouges (qui, plus nombreux, vont donc pouvoir transporter plus d’oxygène dans le sang). Mais, ajouté à la baisse du volume du plasma (conséquence de la pression) et à la déshydratation (conséquence de la sécheresse plus grande en altitude), le sang sera plus visqueux, ce qui peut entrainer des thromboses (formation de caillots dans les vaisseaux sanguins) et des gelures.

 

Les problèmes dus à la déshydratation :
En altitude, l’air est sec, le rayonnement solaire plus important… La transpiration est souvent imperceptible et pourtant, comme pour les efforts en plaine, elle existe. De plus, du fait de la raréfaction en oxygène, on ventile davantage… Autant de facteurs de déshydratations inhabituels qu’il faut penser à compenser en buvant beaucoup d’eau !
Une bonne hydratation est aussi le meilleur moyen de prévenir les tendinites et les douleurs articulaires.

 

Changements métaboliques à moyen et long terme :
Pour améliorer les échanges entre la circulation sanguine et les cellules musculaires, les fibres musculaires ont tendance à diminuer de volume et les petits vaisseaux sanguins sont, au contraire, beaucoup plus nombreux. Grâce à ces changements métaboliques, l’hyperventilation nécessaire à la survie de notre corps lorsqu’il arrive en altitude disparaît : les échanges gazeux deviennent plus efficaces au sein même de l’organisme !

L’altitude est donc un phénomène qui entraîne des modifications métaboliques complexes. Se rendre en altitude n’est pas à prendre à la légère et, contrairement à ce que l’on entend souvent «on n’est pas acclimaté au bout de quelques jours» : on est «sorti de la zone rouge», c’est différent ! Si vous restez longtemps en altitude, vous vous rendrez compte que vos capacités physiques n’égaleront jamais celles des plaines mais vous constaterez malgré tout des progrès permanents, même après plusieurs mois !

 

Comment le corps s’adapte ?

La première phase dite «d’accommodation» entraîne une augmentation du rythme cardiaque et du débit ventilatoire. Cela permet de contrer la raréfaction de l’oxygène en «absorbant» plus d’air. Mais cela ne peut pas durer éternellement.

Après quelques heures, le corps rentre alors dans une 2ème phase dîte «d’acclimatation» avec tous les changements métaboliques vus précédemment, et en particulier l’augmentation du taux de globules rouges dans le sang, qui n’est sensible qu’après 8 à 10 jours en altitude et atteint 50 à 60% (seulement) après plusieurs semaines au delà de 4500m !

Pour se préparer au mieux à affronter ces changements, il faut « entrainer » son corps pour qu’il n’ai pas trop d’efforts à fournir lorsque vous arriverez en altitude. tout d’abord, préparez vos muscles ! Marcher, faire du vélo régulièrement (2 séances par semaine) vous préparera physiquement à « l’exercice » que vous êtes venus faire. Ensuite, vous pouvez travailler votre VO2max, c’est à dire votre capacité à maintenir un effort soutenu. Vous entrainerez ainsi votre cœur à être plus efficace dans les échanges gazeux. Mais attention, ça ne vous dispense absolument pas de respecter les étapes d’acclimatation lorsque vous arriverez là haut. Il n’y a pas d’entrainement pour échapper au MAM. Ces quelques « exercices » vous permettront « seulement » d’être plus en forme. Il n’est pas nécessaire d’être un sportif de haut niveau pour aller au Ladakh, marcher ou faire du vélo ! A chacun son rythme, c’est la seule différence entre les protagonistes !

 

le MAM n’est pas rare !

Statistiquement, le MAM touche 1 personne sur 5 dès 3000m et 70% à 4500m d’altitude. Il peut toucher n’importe qui, même le plus grand des sportifs et, au contraire, épargner des personnes sans condition physique particulière. Il peut aussi survenir alors qu’il ne s’est jamais manifesté lors de voyages en altitude précédents.

Concernant l’âge, il n’y a aucune réelle contre-indication.

Par contre, les sujets sensibles sur le plan cardio-vasculaires (tout ce qui réduit le débit sanguin), sujets à l’hypertension, souffrant d’insuffisance respiratoire ou rénale ou ayant une pathologie sanguine devraient passer un test d’hypoxie, prévoir un bilan cardiologique et demander l’avis de leur médecin avant de s’aventurer à si haute altitude.

L’altitude est déconseillée aux personnes épileptiques (non équilibrées) et aux diabétiques. Il faut demander l’avis de son médecin pour adapter les traitements.

Les femmes enceintes vivant en plaine ne doivent pas se rendre en altitude.

Pour les enfants, les études montrent que les moins de 10 ans ont un risque de MAM 6 fois supérieur à celui des adultes mais concrètement, aux vues des différents « petits bouts » que nous avons vu là haut (1 à 3 ans et plus grands), tous se sont parfaitement bien acclimatés, grâce à une montée progressive par la route (via Srinagar pour une progression plus douce mais un voyage long et éprouvant) et même en avion en s’assurant un vrai repos à l’arrivée !

 

Trucs et astuces :

  • Bien se préparer à l’effort, si possible en altitude (moyenne montagne) est toujours un atout : travailler sa résistance musculaire et sa VO2max.
  • La coca en dose homéopathique peut aider à s’acclimater (en préventif surtout)
  • Le Diamox est parfois préconisé pour aider à adapter son corps à l’altitude : à raison d’1/2 cachet en préventif (jusqu’à 48h avant d’arriver en altitude) et d’1 comprimé toutes les 12 heures en curatif. Mais attention ! Il est diurétique, il faut donc boire beaucoup et il peut aussi cacher les symptômes ! Il faut donc TOUJOURS respecter une progression lente à l’effort lorsqu’on arrive en altitude. (et demander l’avis à son médecin pour les indications et contre indications !!)
  • Il faut toujours veiller à boire beaucoup, porter des manches longues pour se protéger du soleil et éviter «l’évaporation cutanée» et prendre de quoi se couvrir dès que l’on monte un peu plus haut.

 

Il faut savoir aussi qu’aucune agence de voyage au Ladakh ne possède de caisson hyperbare, (sauf lorsque certaines agences occidentales partenaires en apportent un). Ils nécessitent d’ailleurs de savoir bien s’en servir et peuvent donc être mal utilisés par les équipes locales. Seul l’hôpital à Leh en est équipé et pourra vous secourir en cas de problème. Il est donc très important de ne pas s’éloigner de Leh lorsque les symptômes persistent.